On a testé la campagne solo de Gears of War E-Day, l'exclusivité Xbox met le paquet et en met clairement plein les yeux, mais que vaut réellement son mode solo ?
Xbox est en pleine refonte de sa stratégie et, alors que les bouleversements majeurs s'enchaînent au sein de l'entreprise, cette fin d'année 2026 est marquée par l'arrivée de Gears of War E-Day. Une sortie importante qui arrive dans une période charnière pour Xbox et dont le job va être deux fois plus difficile. Le blockbuster doit avoir les épaules solides pour remettre la licence sur le devant de la scène, 7 ans après la sortie de Gears 5, mais aussi signer le grand retour des exclusivités consoles chez Xbox. Le porte-étendard de cette nouvelle ère a-t-il ce qu'il faut ?
En amont de sa sortie, j'ai pu baigner dans les entrailles des Locustes durant plus d'une douzaine d'heures en parcourant sa campagne. En ce qui concerne le mode Horde et le multijoueur, il faudra encore patienter un peu, n'ayant pas eu accès à ses modes avant le lancement. Il faudra prendre la température lorsque les serveurs seront pleinement opérationnels. La note finale sera attribuée à ce moment là.
Gears of War comme on ne l'a presque jamais vu
Gears of War E-Day est bien un nouvel opus inédit, mais ce n'est pas une suite ; c'est une préquelle qui nous embarque là où tout a commencé. La planète Sera sort alors de plus de 70 ans de guerre, notamment pour le contrôle d'une précieuse ressource énergétique, l'Imulsion, qui ruisselle dans ses sous-sols. On est donc 14 ans avant les événements du premier Gears of War. Notre jeune Marcus est perdu et traumatisé par la mort d'un proche, tandis que son ami de toujours, Dom, souhaite quant à lui raccrocher pour prendre soin de sa femme et de ses enfants. Une très brève retraite qui tournera court lorsque les pires horreurs sortiront du sol pour décimer l'humanité avec une violence folle.
Le duo iconique de la licence, que l'on retrouve non sans émotion (nous sachons), recrute sur le vif deux acolytes tout aussi outrageusement baraqués qu'eux. Que ce soit Carter, la touche féminine de l'escouade, ou le jeunot Reyes, les deux nouvelles têtes sortent elles aussi de la salle et ont des cous à faire pâlir les bœufs. Des inconnus, qui deviendront peu à peu des frères d'armes au fil des six actes qui composent la campagne. Une campagne plus cinématographique que par le passé, soit dit en passant et qui n'est que le « début des emmerdes » comme dirait Marcus.
E-Day vient se greffer aux productions modernes avec une narration un poil plus aboutie et ses personnages définitivement humains, souvent balafrés par de terribles événements et qui n'hésitent plus à se montrer vulnérables une fois sortis des tranchées.
Ce Gears est bien plus verbeux et humain que nul autre épisode de la licence. Il tente, et réussit souvent, de raconter une histoire, de donner de la consistance à ses personnages, là où on ne l'attendait pas spécialement. L'acting est d'ailleurs plutôt bon, notamment en version anglaise, d'autant que les acteurs voix de Marcus et Dom rempilent pour ce nouveau volet. Pour ce qui est de la VF, en revanche, tout a changé puisque les iconiques voix de Marcus Fenix (José Luccioni) et Dom (Thierry Mercier) nous ont malheureusement quittés il y a quelques années maintenant. Les remplaçants se débrouillent relativement bien, mais la différence de grain désarçonne au départ.

Le Gears of War le plus abouti de la licence ?
La mise en scène, elle aussi, prend du galon et apprend du 7e art. Mention spéciale à l'introduction digne d'un véritable film d'horreur ou de catastrophe, qui fait office de mise en bouche remarquable pour faire immédiatement monter la tension avant que l'on assiste au cataclysme.
E-Day nous plonge directement en enfer, lors d'un premier acte assez fou en termes d'immersion. La ville de Kalona est en proie au chaos, personne ne sait ce qu'il se passe tandis que nous, conscients de ce qui se joue, assistons à la détresse des habitants qui se font massacrer et aux premières tentatives de résistance des Gears et de tous les corps de l'armée. Ce n'était pas donné et rares sont les préquelles à avoir réussi un tel tour de force, mais Gears of War E-Day arrive à nous presser, à nous faire ressentir l'horreur , l'urgence de la situation en enchaînant les scènes de désastres spectaculaires (la scène de l'aérodrome restera dans les annales de la licence en termes de mise en scène) et en multipliant les carnages en masse à l'écran. C'est une véritable boucherie, entre le film d'horreur et de catastrophe. Gears of War n'a jamais fait dans la dentelle, mais E-Day pousse la barre vraiment haut. Il y a des démembrements dans tous les sens, des piles de cadavres à chaque coin de rue, de la tripaille partout, les PNJ se font massacrer sans vergogne face caméra, c'est un véritable abattoir. Brutale, violente, intense, l'Émergence n'était qu'un événement marquant du lore jusqu'ici et n'avait été que rarement explorée. La vivre est une toute autre expérience que The Coalition a parfaitement su retranscrire.
Dès les premiers instants, on est à la maison. Comme me l'avait fait ressentir ma première prise en main, la recette Gears n'a pas bougé d'un iota : c'est bourrin, immédiat, accessible, spectaculaire et jusqu'au-boutiste. Ce n'est ni une bonne ni une mauvaise nouvelle pour un shooter violent et viscéral de ce calibre. Gears of War est clairement une licence refuge et la campagne d'E-Day ne dépasse jamais le cahier des charges. Il n'est pas là pour réinventer la roue, mais pour offrir un shot d'adrénaline pure, nous en mettre plein les mirettes et proposer un gameplay facile à prendre en main qui fait appel à nos instincts primaux. Il déverse des hectolitres de sang et de testostérone, et ce, même si la gent féminine a une nouvelle fois sa place au centre et c'est tant mieux.
Il faut donc accepter qu'E-Day ne bouleverse pas les codes avec sa campagne. C'est du grand spectacle et un plaisir sauvage, encore plus jouissif en coopération avec des potes. C'est d'ailleurs l'un des rares jeu de la série à être intégralement jouable à 4, et on comprendra très vite pourquoi. La trame s'avale d'un trait sans que l'on ait besoin de faire trop d'effort.

Un plaisir de jeu immédiat et des sensations dignes des meilleurs Gears
Lorsque Gears fait du Gears, c'est-à-dire qu'il est linéaire, millimétré et bourré de scripts, on se régale. On retrouve le système de couverture classique qui viendra nous ventouser aux cachettes, mais celles-ci sont désormais plus nombreuses puisque l'on peut s'allonger derrière les plus fines d'entre elles. Nos Gears sont toujours de grosses brutes pataudes mais gagnent en souplesse et peuvent glisser, rouler plus facilement et même sauter sur commande. Le level design en profite pour varier les expériences et devenir bien plus vertical que par le passé.
Par effet boule de neige, le gameplay est plus fluide et dynamique que par le passé, là où les gunfights conservent les sensations d'antan, à savoir qu'on a toujours l'impression de bourrer de plomb de gros sacs à PV. C'est ce qui fait le charme de la licence, rétorqueront les fans, et je suis partiellement d'accord puisqu'en 2026, ça fait aussi sacrément vieillot. Heureusement, la panoplie de pétoires varie les plaisirs en proposant les iconiques Lanzor et Kamak, mais aussi des nouveautés dont des fusils à Imulsion ultra-efficaces. Les armes ont de l'impact, la tronçonneuse fait toujours des ravages au corps-à-corps et les Locustes donnent du répondant. Pas de doute, Gears of War E-Day sait ce qui marche et applique la recette à la perfection avec tout juste ce qu'il faut de sel pour relever le tout.

Les fausses bonnes idées
En revanche, lorsque le jeu commence à prendre des risques, comme avec du management d'équipement ou encore de l'exploration de zones « ouvertes », il devient grossier et le soufflé retombe aussi sec. On le sait, proposer de la liberté dans les jeux peut casser le rythme. C'est d'autant plus flagrant dans un shooter qui passe son temps à nous pousser en avant et puis qui, d'un coup, nous lâche en nous mettant une tape sur l'épaule en nous disant « c'est la pause, amuse-toi, on se retrouve au prochain acte ».
Tout le monde n'a pas aimé les phases en monde ouvert de Gears 5, mais elles sont pourtant plus réussies que les passages semi-ouverts de Gears of War E-Day. Il n'y a rien d'amusant à faire des allers-retours dans une ville dont le siège paraît soudainement artificiel puisqu'on en voit toutes les grosses ficelles : les scripts qui se lancent en boucle pour habiller les zones inaccessibles, les passages qui ne s'ouvrent qu'à des instants précis, les collectables qui pullulent à droite et à gauche, etc. Heureusement, ces séquences ne sont pas nombreuses, encore heureux. Mais elles interviennent vraiment au pire moment, alors que l'on est dans notre lancée et que l'on prend un pied monstre.
On ne demandait pas à ramasser des bouts de flingue pour améliorer des statistiques qui manquent de toute façon de clarté. Gears of War E-Day n'avait pas non plus besoin de tous ces objectifs annexes qui ne servent pas à grand-chose, mis à part remplir une zone ouverte qui n'avait simplement pas lieu d'être. Définitivement, ces passages ratent complètement leur effet, reste que la balade est tout de même sacrément jolie puisque le jeu est sublime.

Gears of War E-Day est l'un des plus beaux jeux de ces dernières années
Prouesse technologique ? On verra ce qu'il en sera en mode Horde et multijoueur, mais pour ce qui est de la campagne solo, c'est superbe. Pas de bugs à l'horizon, si ce n'est de vilains problèmes de performance en jouant trop avec les options. La version PC de Gears of War E-Day est une vitrine graphique impressionnante et encore plus si l'on bidouille justement les nombreuses options d'optimisation. Attention, tout le monde ne pourra pas profiter des graphismes au maximum, la bête consomme énormément de ressources, mais il n'empêche que ça reste sacrément beau. Ça fourmille de détails, les animations sont convaincantes, même lorsque la caméra colle les visages ruisselants de sueur de nos Gears et les effets, qu'ils soient de lumière ou pyrotechniques, sont saisissants. De A à Z, peu importe l'environnement, intérieur ou extérieur, Gears of War E-Day est l'un des plus beaux jeux de ces dernières années.

La campagne de Gears of War E-Day aurait pu être l'une des meilleures de la licence, à un détail près
La campagne solo de Gears of War E-Day est globalement une belle réussite qui sait être aussi jouissive qu'immersive. On aurait pu penser que le jeu n'aurait rien de très intéressant à raconter ou à montrer en proposant une préquelle, qui aurait pu exister juste pour satisfaire les fans de longue date, mais il n'en est rien. Vivre l'Émergence n'est pas la même chose que tout savoir (ou presque) sur l'événement le plus marquant de toute l'histoire de la licence. La mise en scène impressionne souvent et joue avec les codes du cinéma catastrophe et d'horreur avec brio, tandis que les plans tous plus spectaculaires s'enchaînent les uns que les autres. Certaines séquences pourraient faire partie des plus marquantes de la saga et l'on aurait même pu avoir un vrai sans-faute si le jeu ne se prenait pas les pieds dans le tapis en nous proposant des passages plus ouverts et clairement moins intéressants que tout le reste. Pas de quoi bouder l'intégralité de l'aventure en soi, mais il faut accepter le fait qu'il y a plusieurs baisses de régime, c'est dommage.